Freud (1856-1939) et le fantasme diurne
Louis COSTE PSYCHOTHERAPEUTE Argenteuil Ermont (Val d'Oise - 95)
" Une analyse plus approfondie des caractères de ces fantasmes diurnes nous apprend à quel point ils sont analogues à nos rêves, et méritent le nom de rêves. Leurs traits essentiels sont les mêmes que ceux des rêves nocturnes " (…) Freud S., L'interprétation des rêves, P.U.F., 6e tirage, 1987, p. 419
Rappelons aux détracteurs, que la psychanalyse freudienne dégage le psychisme de la notion de localisation anatomique. Certes, dans la "Psychologie du Rêve", Freud compare l'appareil psychique à un microscope, ou encore à un appareil photographique. Mais le lieu du psychisme est "un point de cet appareil où se forme l'image". D'ailleurs, Freud s'excuse de comparaisons aussi grossières, tout en insistant sur la nécessité de telles analogies pour approcher la description du psychisme. Les excuses étant présentées, Freud fait cette fois allusion aux lentilles de télescope qui formeraient un système... dont l'organisation spatiale importe peu (!), puisque les variations prises par l'excitation sont fixées de façons différentes, adoptant d'innombrables combinaisons. Pour Freud, les représentations, les pensées, les formations psychiques en général ne sauraient être localisées dans des éléments organiques du système nerveux, mais en quelque sorte entre-eux. Ce point de vue est capital, puisqu'il aboutit à l'idée que "tout ce qui peut devenir objet de perception interne est virtuel, un peu comme l'image produite par le passage des rayons dans une longue-vue".
De même, la mise en évidence du sommeil paradoxal en 1958, ne remet pas en cause la fonction du rêve (en tout cas chez l'être humain) telle qu'elle a été dégagée par Freud. Découvrir que l'activité de sommeil paradoxal (qui favorise le rêve) est très élevée chez le nourrisson, puis décroît au cours de l'évolution, donne plutôt raison aux prolongements des hypothèses freudiennes (à travers les travaux de Mélanie Klein et qui plus est à travers ceux de Bion): rappelons le rôle de l'identification projective dès les premiers mois de la vie du nourrisson, mis en évidence cliniquement par M. Klein, ainsi que la tolérance à la frustration comme facteur inné de la personnalité, intimement lié aux capacités de penser et de contention de l'angoisse, suggérée par Bion.
En fait, depuis les hypothèses freudiennes, il est certain que les recherches cliniques liées au courant régressif de l'excitation, ont entraîné une prospection dans les zones pré-oedipiennes. Mais Freud avançait déjà que derrière l'enfance individuelle, on pouvait entrevoir "l'enfance phylogénétique, c'est-à-dire le développement du genre humain, dont le développement de l'individu n'est en fait qu'une répétition abrégée". Le projet freudien à long terme, était de "connaître l'héritage archaïque de l'homme par l'analyse des rêves, et de découvrir ce qui psychiquement est inné". Il nous faut donc nous demander ce qui au fond, en l'être humain, relève de l'enfance et ce qui relève de l'infantile. L'enfant dans l'adulte; l'adulte en émergence dans l'enfant... C'est en ce sens que l'on peut toujours affirmer que "le souhait représenté dans le rêve est nécessairement infantile". Le rêve peut simplement perdre son aspect hallucinatoire archaïque pour revêtir d'autres apparences plus soutenables, dont l'aspect le plus conscient est: la pensée. D'ailleurs, la première étape du travail du rêve, - rappelle Freud -, peut commencer pendant l'activité diurne, "sous le contrôle du préconscient", continuer les émotions et les intérêts de la vie éveillée. Or, ce qui relie rêve et pensée, inconscient, préconscient et conscient, est soustendu par l'activité imaginative en images. Nous pourrions tout aussi bien dire que l'activité consciente telle un îlot dans la mer de l'inconscient, est reliée à l'inconscient, par l'activité imaginative. La nature de l'inconscient ne peut être appréhendée autrement. Les travaux de neuropsychologie récents, vont finalement bien dans ce sens: l'ensemble de l'activité pulsionnelle s'exprime dans les rêves.
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