Psychothérapies et perspectives de recherche
Louis COSTE PSYCHOTHERAPEUTE Argenteuil Ermont (Val d'Oise - 95)
Libre livre
Histoire de proxénète
Traitement EMDR d’une phobie complexe de conduite sur autoroute
Dogura-Magura, où le sens japonais de la vie
Libre livre
Libre livre, vivre libre, ... Il existe des mots banals qui lorsqu’on essaie d’en scruter le sens deviennent surprenants. Il en est ainsi du mot « livre » par exemple. Les proximités étymologiques de livre et de libre se croisent. Le livre a souvent été rouleau et ne permettait pas d’accéder facilement au textes choisis.
Notons que le rouleau est constitué de la moelle du roseau papyrus qui n’était pas broyée mais émincée puis accolée par martelage, bande après bande. Sans doute faut-il voir dans le respect de l’intégrité de la moelle du papyrus une force mythique à l’œuvre servant de fondement aux colonnes qui supportent les temples égyptiens, tout comme la moelle sert de terreau primordial au scribe qui la féconde de l’inscription. La déesse-cobra, -comparable par analogie à la fois au rouleau et tendue comme le roseau-, pouvait sans doute véhiculer cette force au front du pharaon selon des aspects de fougue (souffle enflammé) ou de protection (déesse-vautour Nekhbet).
C’est depuis la Chine, que l’idée du broyage des végétaux nous parvient. Cette conception est sans doute fondée sur la notion de microcosme et de macrocosme : l’unité minimale renferme l’univers. Cette fois la plante est détruite de manière à n'en conserver que la substance utilisable: la fibre végétale. Elle se déposera dans les moules rectangulaires. Le papier est né.
Il aura donc fallu attendre l’utilisation du parchemin animal, puis surtout la fabrication du papier en particules végétales pour considérer que le temps de l’écriture et de la lecture sont segmentables et permettent ainsi de mieux voyager dans l’espace et le temps du récit.
Les libres feuillets sont organisés en livre, lequel devient à son tour ensemble d’unités (titres, paragraphes, chapitres…) Supports matériel et scriptural organisent une seconde culture, une seconde nature qui libère l'humain.
'Liber' est ainsi l’esclave enfin libre, à force de fougue et de protection. "L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant", nous transmet Pascal.
Cette brève plongée au cœur des origines du papier et du livre révèle ce qui constitue un savoir toujours profondément à l’œuvre en chacun de nous.
Je demande souvent aux patients d’écrire leur livre. La fonction du journal intime est primordiale pour se livrer, se délivrer et enfin se libérer. Les feuillets ponctuent le temps d’une thérapie qui s’écoule au rythme du scripteur qui devient lecteur, qui redevient scripteur... C’est l’articulation de telles architectures personnelle, historique et sociale qui façonne la mémoire et sûrement la guérison.
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Histoire de proxénète
" Une jeune femme va voir un gentil proxénète. A la suite d'un bref entretien, de face et de dos, il lui dit qu'elle a toutes ses chances, qu'elle a eu raison de le contacter pour un emploi car l'entreprise est florissante puisqu'elle est encore très innovante en matière d'Exploitation des Ressources Humaines sur un marché porteur qui embauche et débauche à la fois.
Comme il pressent que la jeune femme a des prétentions et fait la moue, il s'empresse d'ajouter: " A votre place, je sauterais sur l'occasion car la concurrence gagne du terrain.""
(Morale de l'histoire: Les brèves qui circulent sont un indicateur de l'état réel de la perversion sociale)
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Traitement EMDR d’une phobie complexe de conduite sur autoroute
valeur des rêves, rêves éveillés et métaphores dans le traitement EMDR
Exposé lors du 8è colloque européen en EMDR, 15-16-17 juin 2007, Paris
Voici le résumé du traitement d’une phobie complexe développée depuis 1 an par un homme de 35 ans dont les premiers symptômes de fragilité remontent à l’adolescence faisant suite à la séparation parentale.
A cette époque, les malaises du patient prenaient des formes diverses sans déclencher de phobie insurmontable. Par ailleurs, M.G. ne souffre pas d’angoisses déclarées dans d’autres lieux ni dans d’autres véhicules de transport.
Un traitement par médicaments est suivi depuis 5 mois, sans succès.
Le traitement Emdr s’est déroulé sur une période de 3 mois.
9 séances Emdr en tout ont eu lieu.
L’originalité de l’intervention est d’avoir tenu compte à l’occasion du bilan avant chaque nouvelle séance:
- du contenu des rêves classiquement utilisés en psychanalyse ;
- de l’évolution des métaphores du lieu sûr au cours du traitement ;
- d’une libre expression du patient après les stimulation bilatérales alternées, pouvant évoluer en rêve éveillé, sans retour systématique à la cible lorsque l’arborescence s’en éloigne.
Ces trois outils s’avèrent d’excellents outils pour juger de l’avancée de la thérapie, en ce sens qu’ils constituent un fond inconscient idéal pour le prélèvement des cognitions négatives tout au long de la thérapie.
Ce fond inconscient est à rapprocher par le thérapeute des cognitions citées par le patient, puis discuté avec thérapeute de manière à obtenir le champ de cognitions futures les plus adéquates.
M.G. a continué à vivre et à exercer professionnellement dans un milieu cosmopolite.
Il a rencontré sa compagne écossaise il y a 8 ans en Espagne, et y ont vécu 4 ans. M.G. vit depuis 4 ans en France, son lieu de naissance.
Exerçant dans le milieu pharmaceutique, il est très souvent amené à se déplacer à l’étranger.
Or, depuis son installation, M. G. se plaint de phobie de l’autoroute. Cela a commencé la première fois quand il s’apprêtait à se rendre en voiture de Londres à Marseille.
Mais arrivé à Montpellier, une peur panique le paralyse. Il ne peut plus rouler. Sa fille qui a trois ans se trouve à l’arrière de la voiture. Il se dit : « Ma fille va mourir ! ».
M.G. est le troisième enfant, deux sœurs le précédent. Un avortement suit la naissance de M.G. et c’est ensuite que ses parents ont divorcé.
Il y a un an, M.G. a également rencontré une femme qui avait des angoisses de tunnel.
Le premier traitement étant urgent, il s’agit de cibler prioritairement la situation qui déclenche la panique.
Les cognitions évolueront de la survie jusqu’à l’estime de soi et se termineront par la possibilité de choix.
- Au terme de 9 séances Emdr, et de trois mois de traitement, M.G. circule librement sur les autoroutes. Consécutivement, il a fait le deuil de son père et ressent dorénavant le besoin de protéger sa mère.
Treatment of a complex driving-car phobia on the expressway
Value of dreams, awaken dreams and metaphors trough the EMDR treatment
Exposed during the 8th EMDR European Conference, Paris 2007, june 15-16-17
Here is the summary of the treatment of a complex phobia developed since 1 year by a 35 years old man whose past brittleness symptoms, considered as a continuation of the parental separation, first appeared near the adolescence.
In fact, around this period, the malaises of the patient took various forms without releasing insurmountable fears.
Mr.G. is the third child, two sisters are preceding him. An abortion followed the birth of Mr.G. A few months after that event the parents divorced.
Mr.G. is living and working in a pharmaceutical and cosmopolitan environment. He met his scotish girlfriend 8 years ago in Spain, where they lived 4 years. Mr.G. lives since 4 years in France, his birthplace. He his frequently travelling abroad. A year ago, Mr.G. mets a woman that had tunnel anguishes too.
Now, since his installation, Mr. G. complains about phobia on the expressway.
That began for the first time when he prepared himself to go by car from London to Marseilles. But arriving to Montpellier, a fear panic paralyzes him. He could not drive any more. His three years old girl sitted down in the rear seat. And he said: "My girl will die!".
Besides, Mr.G. does not suffer from declared anguishes in other places or in other vehicles.
A treatment by medicines is followed since 5 months, unsuccessfully.
My interventions have been held, before new each session, taking into account the following originality:
- the content of dreams, refering to the psychoanalytic models;
- metaphors evolution through the “sure place” during the treatment;
- the free expression of the patient after the bilateral alternated stimulations, being able to evolve through awaken dreams, without systematic return to the target when the cognition-arborescence deviates lightly.
These three tools are excellent to prove and judge advances in therapy, because they constitute an ideal unconscious bottom to find the negative data cognitions throughout therapy. This unconscious bottom revealed by the therapist is compared with the cognitions quoted by the patient, then discussed in order to obtain in the field of future cognitions, the most adequate ones.
The first treatment being urgent, it is a matter to target priority the situation that releases the panic. The cognitions will evolve logically from the “one’s self esteem” to “the possibilities of choice”.
- At the end of 9 Emdr-sessions, and three months of treatment, Mr.G. drives freely on the expressways. Consecutively, he did “the mourning” of his father and feels from that time the need to protect his mother.
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Dogura-Magura*, où le sens japonais de la vie
Ce qui déroute le plus l'individu occidental au Japon est cette espèce de mélange de contradictions qui semble apparemment résolue au quotidien. A l'image des enseignes paradoxalement peu agressives qui tapissent les gratte-ciels du quartier Kabuko-cho de Tokyo, la surface des comportements humains se synchronise en formules simples qui donne forme à un tissu social d'autant plus enveloppant, que tous les Japonais se sentent intimement en danger. Car on l'a souvent signalé, le Japonais s'efface au profit de l'intérêt du groupe. Le danger peut provenir de l'autre, surtout s'il est étranger. Rappelons que le Japon comporte 98% de Japonais. Le tissu social agit par conséquent comme un filtre afin de ne pas perturber une cohésion fragilisée par un territoire développé sur une poudrière naturelle. Dans un pays où 5000 secousses telluriques se produisent en moyenne par an, il vaut mieux satisfaire l'esprit des éléments naturels et ceux de ses voisins. Aussi, le Japonais est-il profondément animiste. Temples bouddhistes et zen jouxtent en général les lieux sacrés shintoïstes où chacun accepte de se purifier, davantage pour pouvoir rester en vie et aspirer à un bonheur qui ne ternisse personne. Le Japon est par conséquent un vivier terrestre où le fait de consommer le poisson permet de franchir mentalement les parois qui donnent sur les océans. Mais ici encore, le filtre culturel agit. Ce qui vient du lointain est absorbé, régulé et codifié dans l'art culinaire des bento. C'est ce qui explique aussi pourquoi si peu de Japonais, même à Osaka, Kyoto et Tokyo, ne parlent un tant soit peu anglais. D'ailleurs, l'alphabet latin est immédiatement transcrit en kataganas pour résonner et faire sens en un système interne.
Ces quelques données psycho-sociologiques permettent de comprendre ainsi plus aisément la teneur des propos de Kyûsaku YUMENO tout au long d'un roman-enquête où psychiatrie et bouddhisme combinés convergent vers la mise en évidence d'une réparation trans-générationnelle des conflits au travers des réincarnations successives: "autrement dit l'individualité de l'homme, son identité spécifique, contenue uniformément dans chacune de ses cellules, (...) n'est rien d'autre que l'accumulation de de l'activité psychologique transmise héréditairement par toutes les générations de ses ancêtres sans exception..." Au sein du vivier, les déséquilibres sont des distorsions où la mort elle-même peut être réparatrice et aucunement vécue comme une fin. La force japonaise provient d'un entêtement indispensable qui consiste à épuiser des solutions. Dans un tel contexte, personne n'est détendu. Dans le meilleur des cas, tension et relâchement s'annulent dans le satori . Ceux qui n'y parviennent pas, peuvent se satisfaire de ces quelques mots: "on peut affirmer que tous les hommes qui pullulent sur cette terre, sans exception, sont des infirmes mentaux." D'où l'intérêt de la quête intérieure qui anime chaque Japonais et qui trouve son paroxysme dans la scénographie de la beauté. Elle agit comme l'aboutissement parfait d'une recherche de sa propre origine: "l'absolu de la beauté réside dans sa destruction. Il faut dévoiler jusqu'au bout la laideur monstrueuse qui en résulte et la regarder froidement... "
Japon que j'aime et qui va jusqu'au bout de lui-même.
*YUMENO Kyûsaku, Dogra Magra, Roman traduit du japonais par Patrick Honnoré, Ed. Philippe Picquier, 2006.
Louis COSTE, psychothérapeute,Argenteuil,Ermont (Val d'Oise-95)
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